24 janvier 2007
N'est pas De Gaulle qui veut !
Ce blog n'ayant aucune volonté politique, je vous remercie de ne pas prendre l'article suivant comme une opinion personnelle. Son seul but étant de vous donner un apreçu de ce qui peut se dire dans la presse Canadienne après la déclaration de Ségolène ROYAL de lundi dernier. Expatrié au Canada depuis quelques mois maintenant, il me semblait difficile de passer outre.
Source : www.cyberpresse.ca
Christian Dufour
Chercheur à l'ENAP
L’auteur vient de publier Le Défi français — Regards croisés sur la France et le Québec (Septentrion, Québec, 2006)
"N’est décidément pas De Gaulle qui veut! Bien sûr, la
petite phrase sur la souveraineté du Québec de Ségolène Royal, la
candidate socialiste à la présidentielle française de 2007, a provoqué
immédiatement, chez nous, des réactions qui n’étaient pas sans rappeler
les suites du grand coup de gueule du général en 1967 : stupeur à
Québec et indignation à Ottawa. Mais à peu près tout le reste diffère.
La souveraineté n’est pas la priorité des Québécois ces temps-ci, alors
que s’affirme une évidence : Mme Royal n’a pas la gravitas de cet homme
d’État plus grand que nature qu’était De Gaulle, venu rembourser aux
Québécois «la dette de Louis XV» à l’égard de leurs ancêtres livrés aux
Anglais.
Si personne ne reprochera à Mme Royal de ne pas être De
Gaulle, un certain amateurisme de sa part commence à devenir
embarrassant non seulement pour les Français, mais aussi pour nous. La
candidate socialiste est-elle consciente du poids des mots qu’on
prononce quand on aspire à diriger une puissance mondiale comme la
France? Les cafouillages s’additionnent : surréaliste déclaration
d’admiration pour la rapidité de la justice en Chine, un pays où la
peine de mort est appliquée tous les jours; incursion dans le ridicule
par l’invention de «la bravitude», en remplacement de la bravoure qui
aurait fait son temps. Cela serait attribuable à une campagne menée en
solitaire, exagérément décalée par rapport à un parti socialiste dont
le conjoint de Mme Royal est pourtant secrétaire-général.
On
est peut-être injuste, mais en regardant Ségolène Royal à la télévision
l’autre jour, on avait l’impression qu’elle avait appuyé la
souveraineté du Québec entre deux portes et deux réunions, sans y avoir
pensé vraiment, sans connaître surtout la complexité des relations
Québec/Ottawa/Paris depuis 40 ans. Elle semblait également le faire
sans tenir compte des conséquences qu’il y avait à évoquer aussi
légèrement, comme si de rien n’était, le démantèlement d’un pays allié
de la France, membre comme elle de l’OTAN et du G8.
Maladresse
Parce
que le Québec a besoin et aura toujours besoin de la France, on ne peut
que se réjouir de la sympathie à notre endroit de la part d’une
politicienne française majeure comme Ségolène Royal. Mais dans la
mesure où la candidate était sincère, ce dont on n’a pas raison de
douter, on ne peut qu’être attristé par la maladresse de l’expression
de cet intérêt. On espère que cela ne lui fut pas soufflé par le chef
du Parti québécois, André Boisclair, qu’elle venait tout juste de
rencontrer.
Car pour des raisons évidentes, ce genre
d’intervention dans les affaires intérieures québécoises et canadiennes
n’est pas la bienvenue. Cela n’ajoute rien à la crédibilité d’une
éventuelle souveraineté québécoise, rabaissée au niveau de la dernière
bourde d’une candidate qui ne vole pas nécessairement vers la victoire.
Mais surtout, en rendant le Canada inutilement méfiant à l’égard de la
relation privilégiée qui existe entre la France et le Québec, cela nuit
à cette relation de même qu’au rôle du Québec sur le plan
international. Cela, sans contrepartie ni gain évident pour le Québec
ou pour la France.
Non ingérence, non indifférence...
Ce
que les Québécois attendent de leur ancienne mère-patrie en ce qui a
trait à leur avenir collectif, c'est cette politique de non-ingérence
et de non-indifférence qui a fait ses preuves depuis 40 ans, au travers
des différents gouvernements qui se sont succédé à Paris comme à Québec
et à Ottawa, de gauche ou de droite, fédéralistes comme souverainistes.
C’est la continuation d’un indispensable appui à la place et au rôle du
Québec sur la scène internationale. C’est une aide sans faille, le jour
où les Québécois auraient souverainement opté pour leur indépendance
nationale.
Pour le reste, est-ce trop demander que les
politiciens français fassent leurs devoirs s’ils veulent intervenir
dans le dossier Québec-France de façon efficace et professionnelle? Ils
y verront que «Vive le Québec libre!» a déjà été dit par un grand
Français que les Québécois n’ont pas oublié, les deux nations cheminant
ensemble depuis comme jamais auparavant. Ils y liront peut-être aussi
que la cruciale revalorisation de la vieille interface atlantique de la
France — dominée par la relation avec le Royaume-Uni et les États-Unis
— est facilitée par l’existence d’une modernité québécoise en français
au cœur de l’Amérique du nord."
















